Idi Amin Dada

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Idi Amin Dada Oumee (1924 - 16 ao√Ľt 2003) est un militaire et chef d''√Čtat ougandais au pouvoir entre le 25 janvier 1971 et le 11 avril 1979.
Il y a une incertitude quant √† sa date et son lieu de naissance. Idi Amin Dada n''a de son vivant jamais publi√©, ni autoris√© de biographie officielle. La plupart des sources indiquent qu''il serait n√© en 1923 ou 1924 √† Koboko, dans la province du Nil occidental, au nord-ouest du pays[1]. Mais selon le chercheur ougandais Fred Guweddeko de l''universit√© de Makerere, Idi Amin Dada est n√© Idi Awo-Ongo Angoo √† Kampala le 17 mai 1928. Son p√®re Andreas Nyabire (1889 ‚Äď 1976), de l''ethnie Kakwa et de religion catholique romaine, s''est converti √† l''islam en 1910 et il aurait chang√© son nom en Amin Dada [2]. D''autres sources indiquent que Dada n''√©tait pas le nom de son p√®re mais un surnom qu''Amin acquit plus tard √† l''arm√©e (voir ci-dessous) [3].

Il est le troisi√®me enfant du couple (une sŇďur et un fr√®re a√ģn√©). Son p√®re sert dans l''arm√©e comme simple soldat dans un r√©giment colonial britannique puis int√®gre en 1921, comme nervi, la police ougandaise. Sa m√®re, selon Guweddeko, est appel√©e Assa Aatte (1904 ‚Äď 1970), de l''ethnie Lugbara. C''est la fille d''un chef tribal de Leiko Iruna, village aujourd''hui situ√© en R√©publique d√©mocratique du Congo. Elle est sp√©cialiste des plantes m√©dicinales et des pratiques chamaniques et, parmi d''autres, soigne la famille royale Buganda. Le monde de la magie dans lequel Amin Dada passera une partie de sa jeunesse jouera par la suite un grand r√īle dans sa vie et dans l''influence qu''il aura sur beaucoup d''Ougandais. Entre 1924 et 1929, elle a pour patients Lady Irene Druscilla Namaganda, la Nabagereka du Buganda et le Kabaka Sir Daudi Chwa. Ses parents se s√©parent en 1931 et Idi Amin est abandonn√© par son p√®re qui aurait soup√ßonn√© le Kabaka Daudi Chwa d''√™tre le vrai p√®re. Idi Amin grandit dans sa famille maternelle √† Mawale pr√®s de Semuto (actuel district de Luwero). Son fr√®re et sa sŇďur meurent en 1932. Entre 1936 et 1938, il garde des ch√®vres. De 1938 √† 1940, il habite dans la maison du cheikh Ahmed Hussein dans la ville de Semuto puis en 1940, part pour Bombo pour vivre avec son oncle maternel Yusuf Tanaboo. Selon Fred Guweddeko, il semble qu''il n''ait pas suivi l''√©cole primaire de la ville √† cause de la discrimination envers les Nubiens, qu''il ait particip√© √† des r√©voltes des Nubiens contre la discrimination et se soit bagarr√© contre les √©tudiants de l''universit√© Makerere √† Wandegeya. Il rejoint une √©cole islamique √† Bombo en 1941, o√Ļ il excelle √† r√©citer le Coran. Sa m√®re s''√©tablit avec son fils dans la r√©gion de Lugazi, au nord du lac Victoria, o√Ļ de nombreuses personnes de son ethnie travaillent dans les champs appartenant √† une riche famille indienne, les Metha. Puis elle s''installe non loin √† Jinja, o√Ļ est cantonn√© un r√©giment des King''s African Rifles (en) de l''arm√©e imp√©riale britannique d''Afrique. Idi Amin Dada fait diff√©rents petits travaux avant de se faire recruter comme aide-cuisinier en 1946, dans ce r√©giment. Un officier britannique l''aurait remarqu√© quand il √©tait portier dans un h√ītel de la ville.

 Sa carrière militaire

Amin travaille dans les casernements de Magamaga √† Jinja aux cuisines et √† la buanderie. Son physique et sa carrure (1m91, plus de 100kg) impressionnent, il suit alors un entra√ģnement militaire puis est envoy√© comme soldat en 1947 au Kenya √† Gilgil o√Ļ il sert dans la 21e brigade d''infanterie du KAR puis en Somalie √† Belet Uen pour combattre les raids sur le b√©tail des Shifta. En 1950, l''unit√© d''Idi Amin Dada retourne √† Fort Hall au Kenya. Il s''entra√ģne alors avec la fanfare militaire √©cossaise du r√©giment. En 1951, il retourne bri√®vement √† Jinja avant de repartir pour le Kenya la m√™me ann√©e. En 1952, son bataillon est engag√© dans la r√©pression de la r√©volte des Mau Mau au Kenya. Amin Dada devient caporal puis sergent en 1953 pour son r√īle dans les patrouilles mobiles dans les for√™ts occup√©es par les Mau Mau. Pendant cette p√©riode, il a deux enfants, une fille et un gar√ßon avec des femmes Kikuyu. Idi Amin est consid√©r√© comme un soldat habile, ob√©issant mais cruel. Analphab√®te (il lira avec peine par la suite), il sait susciter l''empathie de ses sup√©rieurs par un m√©lange de z√®le et de bouffonnerie. Il passe chef de peloton en 1958. L''ann√©e suivante il est fait effendi, plus haut grade pour les noirs dans l''arm√©e coloniale britannique d''Afrique, quasi √©quivalent au premier grade d''officier. Pour l''anecdote, selon certains, le surnom "Dada" pourrait lui √™tre venu de cette p√©riode militaire au Kenya, o√Ļ fr√©quemment surpris au camp avec 2 filles dans sa tente, alors qu''une seule √©tait autoris√©e, il avait pris l''habitude de r√©pondre aux officiers britanniques que l''une √©tait sa dada (sŇďur en swahili). Amin retourne en Ouganda en 1954 √† Jinja. Il est choisi pour mener la parade lors de la visite de la Reine Elizabeth II. C''est √©galement lui qui dirige l''ann√©e suivante la garde d''honneur qui accueille de son retour d''exil le roi Mutesa II. Il part ensuite sur le district de Lango o√Ļ il r√©ussit, √† la t√™te d''un escadron, √† d√©fendre les Langi contre les raids des Karimojong. Il a un nouvel enfant avec une femme Langi. La m√™me ann√©e, il est envoy√© dans le sud du Soudan pour contrer une mutinerie militaire, t√Ęche dont il s''acquitte avec succ√®s. En 1957, il essuie un refus √† une demande d''augmentation de sa solde, il √©choue √©galement √† des tests pour obtenir une promotion. En 1958, nouvel √©chec √† des tests mais il r√©ussit les exercices sur le terrain et est promu en d√©cembre 1959. En juillet 1960, suite √† la mort d''un officier britannique, tu√© par les Turkana dans le Karamoja, Idi Amin Dada est envoy√© dans cette r√©gion et sera f√©licit√© pour ¬ę avoir r√©tabli le prestige de la loi de l''ordre dans la r√©gion du Karamoja ¬Ľ par le commandement de l''arm√©e britannique. Il aurait ex√©cut√© 3 guerriers Turkana et aurait fait aligner les autres, leur sexe pos√© sur une table et les aurait menac√© de le leur couper s''ils ne r√©v√©laient pas o√Ļ ils avaient cach√©s leurs armes.

En juillet 1961, 2 ans avant l''indépendance, il devient l''un des deux Ougandais à devenir officier avec le grade de lieutenant. La même année, il fait partie du groupe chargé de trouver un compromis politique avec Edward Mutesa II qui était favorable à la seule indépendance du royaume du Buganda. Il convainc Mutesa que l''armée ougandaise n''agira jamais contre le royaume. La mission de négociation est réussie.

Idi Amin est envoy√© de nouveau contre les nomades Turkana en 1962 pour apaiser leurs querelles sur le b√©tail avec les Karamojong ougandais. Son escadron commet alors un v√©ritable massacre dans plusieurs villages. Une enqu√™te britannique au Kenya d√©couvrira que plusieurs Turkanas ont √©t√© tu√©s, tortur√©s, certains br√Ľl√©s vifs. Alors que cet acte aurait d√Ľ lui valoir la cour martiale, ses bonnes relations avec les officiers britanniques et surtout l''ind√©pendance qui s''annonce expliquent que ces derniers ne lui font qu''une r√©primande.

Selon certains historiens de la colonisation, les autorit√©s militaires britanniques (comme √©galement les Fran√ßais) √† l''approche de la d√©colonisation africaine, ont favoris√© la promotion de soldats peu instruits et sur lesquels ils pensaient pouvoir garder une influence et donc, indirectement, contr√īler les futures arm√©es nationales.

Durant cette période dans l''armée, Idi Amin est un athlète accompli, champion de natation, il est champion d''Ouganda de boxe dans la catégorie poids-lourd moyen de 1951 à 1960.

 À la tête de l''armée, après l''indépendance

Apr√®s l''ind√©pendance en octobre 1962, Milton Obote, le premier ministre ougandais, originaire de la r√©gion nilote du nord comme lui, r√©compense Idi Amin de son soutien en le nommant capitaine en 1963 puis Deputy commander (Commandant adjoint) de la jeune arm√©e ougandaise en 1964. Il est envoy√© en Isra√ęl pour suivre un entra√ģnement parachutiste. Ce pays est alors tr√®s actif en Afrique de l''Est et sera pendant quelques ann√©es un pr√©cieux soutien militaire √† Amin Dada. En 1965, Obote et Amin sont impliqu√©s dans une affaire de contrebande d''or, de caf√© et d''ivoire en provenance de la R√©publique d√©mocratique du Congo. Une enqu√™te parlementaire demand√©e par le pr√©sident Mutesa II (aussi roi du Bouganda, puissante r√©gion bantoue du Sud) met Milton Obote sur la d√©fensive. En 1966, ce dernier envoie l''arm√©e au Bouganda et d√©pose le roi et pr√©sident du pays avec l''appui de son nouveau chef d''√©tat-major, Idi Amin Dada, tout juste nomm√© √† ce poste et au grade de g√©n√©ral. Il fait arr√™ter plusieurs ministres, suspend la Constitution de 1962 en abolissant le f√©d√©ralisme et les royaumes. Il se proclame alors nouveau pr√©sident et institue un r√©gime pr√©sidentiel √† parti unique. Le pr√©sident Mutesa est contraint √† l''exil en Grande-Bretagne o√Ļ il meurt en 1969. Ce changement politique et cette centralisation marquent aussi la prise de pouvoir des ethnies du nord, anciennement moins favoris√©es face aux ethnies du centre et du sud bantoues.

Amin Dada commence à recruter des hommes de son ethnie pour l''armée ougandaise mais aussi des musulmans de la région du Nil occidental, région du nord-ouest de l''Ouganda, proche de la frontière soudanaise. Ses relations avec Obote commencent à se dégrader.

En décembre 1969, une tentative d''assassinat contre le président Obote échoue. Le Brigadier Pierino Okoya, commandant adjoint de l''armée et seul rival militaire d''Amin Dada dit à ce dernier et à Obote qu''il est proche d''arrêter les coupables. Le 25 janvier 1970, Okoya et son épouse sont assassinés à leur domicile. Les relations entre Idi Amin Dada et Milton Obote se dégradent fortement après ce meurtre. En novembre, après avoir été mis peu de temps en résidence surveillée, Amin Dada perd tout commandement dans l''armée pour n''occuper qu''une fonction administrative.

 La prise du pouvoir

Apr√®s avoir appris qu''Obote planifiait de l''arr√™ter pour d√©tournement de plusieurs millions de dollars des fonds de l''arm√©e, Amin Dada prend le pouvoir par un coup d''√Čtat le 25 janvier 1971, alors qu''Obote assiste √† un sommet du Commonwealth √† Singapour.

Son arriv√©e au pouvoir est, au d√©part, plut√īt bien accueillie par la communaut√© internationale. Les Am√©ricains voient d''un bon Ňďil le renversement d''Obote dont ils s''inqui√©taient de la politique trop socialiste. Un soutien en sous-main d''Isra√ęl et des √Čtats-Unis √† ce coup d''√Čtat a souvent √©t√© √©voqu√© mais sans √™tre clairement d√©montr√©. Une note interne du Foreign Office britannique le d√©crit comme "un type splendide et bon joueur de rugby" ! Sa prise de pouvoir est √©galement bien accueillie en Ouganda, surtout des Baganda dont Obote √©tait l''ennemi jur√©. Idi Amin Dada prend alors des bains de foule quotidiens, parcourant les rues de la capitale au volant d''une Jeep d√©capotable. Il donne √† l''ancien roi et pr√©sident Mutesa qui est mort en exil, des fun√©railles nationales en avril 1971, lib√®re beaucoup de prisonniers politiques et d√©mant√®le la General Service Unit, la police secr√®te ougandaise.

Huit ans de tyrannie

Il promet de tenir des élections dans quelques mois. Cependant, peu de temps après avoir pris le pouvoir, il installe un dénommé "State Research Bureau" qui se révèle n''être qu''une variante ougandaise d''escadrons de la mort pour pourchasser et assassiner les supporters d''Obote mais aussi l''Intelligentsia ougandaise dont Amin Dada se méfie. Les chefs militaires qui n''ont pas soutenu le coup d''état sont exécutés.

Obote trouve refuge en Tanzanie d''o√Ļ il essaie de reprendre le contr√īle du pays par une invasion militaire en septembre 1972, sans succ√®s. Les partisans d''Obote au sein de l''arm√©e ougandaise, principalement des ethnies Acholi et Lango sont aussi impliqu√©s dans cette invasion. La r√©ponse d''Amin Dada va √™tre sanglante. Il fait bombarder les villes de Tanzanie et purge l''arm√©e de tous les officiers d''origine Acholi ou Lango, qui sont pour la plupart ex√©cut√©s. Les violences ethniques s''accroissent, gagnent toute l''arm√©e, puis la population ougandaise. Au fur et √† mesure que cette violence augmente, Amin Dada devient de plus en plus parano√Įaque, craignant m√™me un coup d''√©tat de son propre gouvernement. Le Nile Mansions Hotel √† Kampala devient le sinistre centre d''interrogatoire et de torture du dictateur.

Le 4 ao√Ľt 1972, Amin donne aux 50 000 indo-pakistanais pr√©sents en Ouganda 90 jours pour quitter le pays, suivant ainsi un r√™ve qu''il dit avoir eu, et dans lequel Dieu lui aurait ordonn√© de les expulser. Leur expulsion se traduira par un s√©rieux d√©clin √©conomique pour la population musulmane d''Ouganda[4]. Beaucoup d''asiatiques d√©tenaient en effet les principaux commerces et entreprises du pays o√Ļ la plupart √©taient n√©s, la troisi√®me g√©n√©ration d''indiens ayant immigr√© en Ouganda √† l''√©poque coloniale. Ceux qui rest√®rent furent d√©port√©s des villes vers les campagnes. La plupart obtinrent l''asile en Grande-Bretagne.[5] Les soldats ougandais pendant cette p√©riode pill√®rent et violent√®rent les indiens en toute impunit√© et leurs biens furent confisqu√©s au profit des militaires proches du pouvoir. Au fur et √† mesure que la vraie nature d''Amin Dada se r√©v√®le, le Royaume Uni et Isra√ęl, principaux soutiens √©trangers de l''Ouganda, commencent √† restreindre leur aide et refusent de lui vendre de nouvelles armes. Amin Dada se tourne alors vers la Libye de Kadhafi, qui d√©butait alors son projet d''une grande politique africaine et vers l''Uni¬≠on Sovi√©tique. Le chef ougandais va alors mener une politique de confrontation envers la Grande Bretagne et dans une moindre mesure les √Čtats-Unis. Ces derniers ferment leur ambassade √† Kampala en 1973 suivi en 1976 du Royaume-Uni. Amin Dada rompt ses relations avec Isra√ęl et commence √† soutenir les mouvements de lib√©ration palestiniens.

L''accroissement de la terreur

√Ä partir de 1974, la terreur s''accro√ģt. Le r√©gime se lance dans une chasse parano√Įaque contre tous ceux qui selon lui, peuvent le menacer. D√©butent alors des campagnes de pers√©cutions contre les tribus rivales ou les supporters, ou suppos√©s tels, de Milton Obote, et la chasse √† l''intelligentsia du pays : anciens ministres et hauts fonctionnaires, juges, diplomates, professeurs d''universit√© et enseignants, clerg√© catholique et anglican, banquiers et hommes d''affaires, journalistes, leaders tribaux et aussi un certain nombre d''√©trangers seront assassin√©s ou dispara√ģtront. Des cas ont √©t√© rapport√©s de villages entiers ras√©s et de centaines de corps flottant sur le Nil.

Cette même année, une ONG, la Commission internationale des juristes, dans un rapport aux Nations Unis, estime qu''entre 25 000 et 250 000 personnes ont été assassinées en Ouganda depuis le coup d''état de 1971.

En parallèle, le régime se militarise à outrance, les effectifs militaires augmentent considérablement et l''armée absorbe tout le budget du pays. Les tribunaux militaires à la justice expéditive remplacent les tribunaux civils. Tous les postes du gouvernement et de l''administration sont occupés par des militaires, le parlement est dissous et la haute administration est soumise à la discipline militaire.

Le dictateur règne par décrets, essentiellement oraux et souvent annoncés directement par la radio nationale. Amin Dada renforce aussi son appareil sécuritaire. Au State Research Bureau viennent s''ajouter la Public Safety Unit, reconstitution d''une police secrète et une police militaire. La garde présidentielle d''Amin Dada agit aussi comme un escadron de la mort supplémentaire, en plus de la protection du dictateur des nombreuses tentatives, réelles ou imaginaires, d''assassinat. Cet appareil sécuritaire comprendra jusqu''à 18 000 hommes.

L''Ouganda sous Amin Dada s''engage dans une vaste politique de développement militaire qui inquiète Nairobi. Au début du mois de juin 1975, les responsables kenyans confisquent le chargement d''un gros convoi d''armes de fabrication soviétique en route pour l''Ouganda depuis le port de Mombasa.

La tension atteint son maximum en f√©vrier 1976 quand le pr√©sident ougandais annonce soudainement qu''il va enqu√™ter sur le fait qu''une grande partie du Sud Soudan et de l''ouest et du centre du Kenya, jusqu''√† 32 km de Nairobi, sont historiquement partie int√©grante de l''Ouganda colonial. La r√©ponse kenyane vient deux jours plus tard, tr√®s lapidaire, indiquant que le pays ne partagera pas ¬ę un simple pouce de son territoire ¬Ľ. Amin Dada fit finalement marche arri√®re apr√®s que les Kenyans eurent d√©ploy√© des troupes et des transports blind√©s, en position d√©fensive, sur sa fronti√®re avec l''Ouganda.

Entebbe

Amin Dada, apr√®s sa rupture avec l''Occident, entretient des liens forts avec les mouvements palestiniens. Les b√Ętiments de l''ambassade isra√©lienne sont m√™me offerts √† l''OLP pour lui servir de quartiers g√©n√©raux. Le 27 juin 1976, le vol 139, un airbus d''Air France reliant Tel Aviv √† Paris est d√©tourn√© apr√®s une escale √† Ath√®nes, vers la Libye. Sur invitation d''Amin Dada, l''avion se rend ensuite √† l''a√©roport international d''Entebbe dans la ville homonyme, situ√© √† 32 km au sud de Kampala. Les preneurs d''otages demandent la lib√©ration de 53 prisonniers palestiniens et de la Fraction arm√©e rouge en √©change des 256 passagers et membres d''√©quipage. 3 autres terroristes les rejoignent en Ouganda et ils sont "assist√©s" par les troupes ougandaises. Amin Dada visite tr√®s souvent les otages, se donnant l''image d''un m√©diateur. √Ä minuit, le 3 juillet 1976, des commandos isra√©liens attaquent l''a√©roport et lib√®rent tous les otages sauf 2 (un est tu√© pendant l''assaut, un autre, une femme √Ęg√©e de 75 ans, Dora Bloch, qui avait √©t√© amen√©e dans un h√īpital avant l''assaut est assassin√©e par 2 officiers ougandais sur ordre direct du dictateur 2 jours apr√®s l''op√©ration isra√©lienne). Dans cette op√©ration, les isra√©liens d√©truisent, au sol, les avions de chasse de l''arm√©e de l''air ougandaise, 9 Migs, amoindrissant fortement son potentiel. (Voir Op√©ration Entebbe). Le succ√®s de l''op√©ration isra√©lienne va contribuer largement √† la chute du dictateur. La r√©sistance et les op√©rations de sabotage de mouvements oppos√©s au dictateur vont handicaper le pays pendant les derni√®res ann√©es du r√©gime.

Après ce raid, Idi Amin Dada fait exécuter 200 officiers et hauts fonctionnaires qu''il juge incompétents, expulse tous les étrangers et déclenche une nouvelle campagne de violence.

En janvier 1977, il accuse Janani Luwum, l''archevêque anglican de Kampala, opposant notoire au dictateur et défenseur des chrétiens d''Ouganda opprimés, de comploter pour une invasion étrangère. Le lendemain, ce dernier est assassiné avec 2 ministres.

Parmi les personnalités tuées par Amin Dada au cours de sa dictature figurent aussi :

    * Benedicto Kiwanuka, ancien premier Ministre et plus tard Chief Justice
    * Joseph Mubiru, ancien gouverneur de la banque centrale ougandaise
    * Frank Kalimuzo, vice-doyen de la Makerere University
    * Byron Kawadwa, dramaturge ougandais.

 La folie

√Ä partir de 1975, Idi Amin Dada s''auto-proclame Mar√©chal, puis pr√©sident √† vie. Cette ann√©e-l√† devant les m√©dias, il se met en sc√®ne sur une chaise √† porteurs, obligeant des hommes d''affaires occidentaux √† le promener. L''√©t√© 75, un √©crivain ougandais d''origine britannique, Dennis Hill, est condamn√© √† mort pour avoir trait√© Amin Dada de "tyran de village". Il ne sera sauv√©e que par la visite express √† Kampala du secr√©taire d''√Čtat anglais aux affaires √©trang√®res James Callaghan et apr√®s intervention du pr√©sident za√Įrois Mobutu Sese Seko et du somalien Siad Barre, pr√©sident en exercice de l''OUA qui menace d''annuler le sommet √† Kampala.

En juillet 1975, le sommet de l''OUA se tient √† Kampala et Amin Dada prend la pr√©sidence de l''organisation africaine, embarrassant beaucoup d''autres pays du continent. Il voit cet √©v√©nement comme une cons√©cration et organise de multiples manifestations lors du sommet dont l''√©lection d''une ¬ę miss OUA ¬Ľ, d''un rallye automobile auquel il participe au volant d''une Citro√ęn SM √† moteur Maserati. Une d√©monstration militaire un peu grotesque sur le bord du lac Victoria est cens√©e repr√©senter l''attaque de l''Afrique du Sud par des forces panafricaines command√©es par le mar√©chal Idi Amin Dada. Il profite √©galement du sommet pour √©pouser en cinqui√®me noce une jeune danseuse dont le mari a myst√©rieusement disparu lorsqu''Amin, l''ann√©e pr√©c√©dente, s''int√©ressa √† la jeune femme. Yasser Arafat fut l''un des t√©moins du mariage.

Amin Dada est passionn√© de voitures de course, dont il poss√®de plusieurs mod√®les, de boxe et de films de Walt Disney. Beaucoup de journalistes le consid√®rent comme un personnage excentrique et vaguement comique. Il est largement caricatur√© dans les pays occidentaux en bouffon meurtrier. Il expose notamment devant la cam√©ra du cin√©aste fran√ßais Barbet Schroeder son plan d''invasion pour reprendre le Golan √† l''√Čtat d''Isra√ęl. Des rumeurs courent aussi sur son cannibalisme pr√©sum√© mais sans que cela n''ait √©t√© prouv√©.

Après être retournée en Grande-Bretagne, Dennis Hill s''élèvera dans une interview contre cette vision selon elle trop limitée du dictateur :

¬ę Amin Dada a des qualit√©s de chef tribal compensant son manque d''√©ducation, par une adresse, un talent pour la survie, une force personnelle, du courage et une capacit√© pour mesurer les faiblesses de ses adversaires et les souhaits de son peuple ¬Ľ

¬ęCe n''est pas suffisant de limiter Amin Dada √† un bouffon ou un meurtrier. Il est une r√©alit√© africaine. Il a r√©alis√© le r√™ve africain, la cr√©ation d''un √Čtat vraiment noir ¬Ľ

Mais les années passant, Amin Dada devient de plus en plus erratique et n''écoute plus personne.

Il se fait confectionner des v√™tements sp√©ciaux pour pouvoir porter de nombreuses d√©corations de la seconde guerre mondiale dont la Military Cross et la Victoria Cross britanniques. Il s''auto-attribue de nombreux titres comme celui de ¬ę Roi d''√Čcosse ¬Ľ. En 1977, apr√®s que les Britanniques eurent rompu leurs relations diplomatiques avec le r√©gime, Amin Dada d√©clara avoir vaincu les Anglais et se conf√©ra la d√©coration de ¬ę Conqu√©rant de l''Empire britannique ¬Ľ. Radio Ouganda diffusera alors avant ses messages l''int√©gralit√© de son nouveau titre : ¬ę Son Excellence le Pr√©sident √† vie, Mar√©chal Alhaji Dr Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military Cross et Conqu√©rant de l''Empire britannique ¬Ľ[6].

En partie bas√©e sur ses ¬ę visions ¬Ľ et ce comportement erratique, des psychiatres ont pens√© qu''Idi Amin Dada pouvait souffrir d''une neurosyphilis : Deborah Hayden √©tudie cette hypoth√®se dans son ouvrage Pox: Genius, Madness and the Mysteries of Syphilis.

 La chute et l''exil

Mais l''√©conomie d√©cline de plus en plus. D√©j√† affaiblie par le d√©part des Indo-Pakistanais, cŇďur entrepreneurial du pays, de celui de la plupart des hommes d''affaires √©trangers et de l''arr√™t de l''aide occidentale, elle subit un nouveau coup avec en 1978, la chute du cours du caf√©, principale exportation ougandaise. La Libye commence elle aussi √† diminuer son aide.

En octobre 1978, des mutineries √©clatent dans le sud-ouest du pays, une partie des militaires se r√©fugiant en Tanzanie voisine. Amin Dada avec un r√©gime aux abois, saisit ce pr√©texte et ordonne alors l''invasion de la Tanzanie. Avec l''aide de 3000 hommes des troupes libyennes, Amin essaye d''annexer les provinces du nord de ce pays dans la r√©gion de Kagera. La Tanzanie, sous la pr√©sidence du mwalimu Julius Nyerere, d√©clare alors la guerre √† l''Ouganda et commence √† contre-attaquer, enr√īlant pour cela les exil√©s ougandais.

Le 11 avril 1979, Amin Dada est forc√© de fuir la capitale ougandaise Kampala. L''arm√©e tanzanienne prend la ville avec l''aide des gu√©rillas ougandaise (l‚ÄôUNLA, l''Uganda National Liberation Army) et rwandaise. Amin s''envole alors pour l''exil, d''abord en Libye puis en Arabie saoudite. Il est alors h√©berg√© √† Djeddah par le gouvernement saoudien "par charit√© islamique et en remerciement pour son r√īle dans la diffusion de l''Islam" sous r√©serve qu''il ne se m√™le plus de politique. L''√Čtat saoudien lui fournit une maison, assez modeste mais aussi un chauffeur, du personnel de maison, pourvoit √† sa subsistance et lui verse une pension. Le nouveau gouvernement ougandais choisit de le laisser en exil, disant qu''il est libre de revenir mais devrait alors faire face √† ses crimes.

Son régime aura fait entre 100 000 et 500 000 victimes, la plupart des observateurs s''accordant maintenant sur un chiffre autour de 300 000. Il a laissé un pays en ruine : inflation de plus de 200%, une dette de 320 millions de dollars, une agriculture abandonnée, des usines fermées et une corruption généralisée.

En 1989, il essaye de revenir en Ouganda, mais il est reconnu √† Kinshasa et renvoy√© en Arabie Saoudite par les autorit√©s za√Įroises.

Le 20 juillet 2003, une de ses √©pouses, Madina, informe qu''il est proche de la mort, dans le coma, √† l''h√īpital sp√©cialis√© Roi Fay√ßal √† Djeddah. Elle plaide aupr√®s du pr√©sident ougandais Yoweri Museveni pour qu''il puisse revenir mourir en Ouganda mais ce dernier indique qu''il sera alors jug√© imm√©diatement.

Idi Amin Dada meurt en Arabie Saoudite le 16 ao√Ľt 2003, √† l''√Ęge suppos√© de 79 ans et est enterr√© √† Djeddah au cimeti√®re Ruwais.

Le 17 ao√Ľt 2003, David Owen, ancien secr√©taire d''√©tat aux affaires √©trang√®res britannique a d√©clar√© lors d''une interview donn√©e sur Radio 4 de la BBC que lorsqu''il √©tait au gouvernement (1977 ‚Äď 1979), il avait sugg√©r√© l''assassinat d''Amin Dada. Son id√©e fut imm√©diatement rejet√©e. Owen expliqua que "le r√©gime d''Amin Dada √©tait le pire de tous, c''est une honte que l''on lui ait permis de se maintenir aussi longtemps au pouvoir."

Celui que beaucoup d''ougandais appelaient Big Daddy reste paradoxalement populaire dans une partie de la population ougandaise, surtout dans la région nord. Il illustre maintenant auprès d''observateurs ou d''analystes de l''Afrique, les dérives extrêmes d''un continent qui n''a toujours pas réussi à s''affranchir de son passé .

Bibliographie

¬†¬† * Amin Dada ou les sombres exploits d''un sergent de l''arm√©e britannique, Pierre Merle (1978), √Čditions R√©gine Desforges, Paris.
¬†¬†¬† * Qui est Idi Amin Dada ?, Denis Ropa (1995), √Čditions l''Harmattan, Paris.
¬†¬†¬† * Amin Dada, Eric Wiedemann (1977), √Čditions Presses Select, Montr√©al.

En anglais.

    * A state of blood d''Henry Kiemba
    * Idi Amin, de James Barter, Lucent Book (2004) ISBN 1590185536
    * Idi Amin and Uganda: An Annotated Bibliography, African Special Bibliographic Series, Greenwood Press (1992), ISBN 0313272735.
    * Idi Amin, de John Allen, Blackbirch Press (2003), ISBN 1567117597
    * The Shattered Pearl: An Odyssey of Service, Savagery and Survival , Trafford Publishing (2006), ISBN 1552128970
    * The Last King of Scotland de Giles Foden, Vintage Books USA (1999), ISBN 0375703314