Ausar ou Osiris

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le mythe selon les auteurs grecs: Osiris et Isis devenus époux, donnèrent tous leurs soins à faire le bonheur de leurs sujets. Comme ils vivaient dans une parfaite union, ils y travaillèrent de concert ; ils s’appliquèrent à polir leur peuple, à leur enseigner l’agriculture, à leur donner des lois, et à leur apprendre les arts nécessaires à la vie (Diodore de Sicile, 1.I. c. I. et Plutarque de Iside et Osiride.), ils leur apprirent entre autres l’usage des instruments et la mécanique, la fabrique des armes, la culture de la vigne et de l’olivier, les caractères de l’écriture dont Mercure, ou Hermès, ou Thaut les avait instruit. Isis bâtit, en l’honneur de ses pères Jupiter et Junon, un Temple célèbre par sa grandeur et sa magnificence.

Elle en fit construire deux autres petits d’or, l’un en l’honneur de Jupiter le céleste, l’autre moindre en l’honneur de Jupiter le terrestre, ou Roi son père, que quelques-uns ont appelé Ammon. Vulcain était trop recommandable pour erre oublié : il eut aussi un Temple superbe, et chaque Dieu, continue Diodore, eut son Temple, son culte, ses Prêtres, ses sacrifices.

Isis et Osiris instruisirent aussi leurs sujets de la vénération qu’ils doivent avoir pour les Dieux, et l’estime qu’ils devaient faire de ceux qui avaient inventé les arts, ou qui les avaient perfectionnés. On vit dans la Thébaïde des ouvriers en toutes sortes de métaux. Les uns forgeaient les armes pour la chasse des bêtes ; les instruments et les outils propres à la culture des terres et aux autres arts ; des Orfèvres firent des petits Temples d’or, et y placèrent des statues des Dieux, composées de même métal. Les Egyptiens prétendent même, ajoute notre Auteur, qu’Osiris honora et révéra particulièrement Hermès, comme l’inventeur de beaucoup de choses utiles à la vie.

C’est Hermès, disent-ils, qui le premier a montré aux hommes la manière de coucher par écrit leurs pensées, et de mettre leurs expressions en ordre, pour qu’il en résultât un discours suivi. Il donna des noms convenables à beaucoup de choses ; il institua les cérémonies que l’on devait observer dans le culte de chaque Dieu. Il observa le cours des astres, inventa la musique, les différents exercices du corps, l’arithmétique, la médecine, l’art des métaux, la lyre à trois cordes ; il régla les trois tons de la voix, l’aigu pris de l’Eté ; le grave pris de l’Hiver, et le moyen du Printemps. Le même apprit aux Grecs la manière d’interpréter les termes, d’où ils lui donnèrent le nom d’Hermès, qui signifie interprète.

Tous ceux enfin qui du temps d’Osiris firent usage des lettres sacrées, l’apprirent de Mercure.\r\n\r\nOsiris ayant ainsi disposé tout avec sagesse, et rendu ses Etats florissants, conçut le dessein de rendre tout l’Univers participant du même bon-heur. Il assembla pour cet effet une grande armée, moins pour conquérir le monde par la force des armes, que par la douceur et l’humanité, persuadé qu’en civilisant les hommes, et leur apprenant la culture des terres, l’éducation des animaux domestiques, et tant d’autres choses utiles, il lui en resterait une gloire éternelle.\r\n\r\nAvant que de partir pour son expédition, il régla tout dans son Royaume. Il en donna la régence à Isis, et laissa près d’elle Mercure pour son conseil, avec Hercule, qu’il constitua intendant des Provinces. Il partagea ensuite son Royaume en divers gouvernements.

La Phénicie et les côtes maritimes échurent à Busiris ; la Lybie, l’Ethiopie, et quelques pays circonvoisins à Anthée. Il partie ensuite, et fut si heureux dans son expédition, que tous les pays où il alla se soumirent à son empire.\r\n\r\nOsiris emmena avec lui son frère que les Grecs appellent Apollon, l’inventeur du laurier. Anubis et Macédon, fils d’Osiris, mais d’une valeur bien différente, suivirent leur père ; le premier avait un chien pour enseigne, le second un loup. Les Egyptiens prirent de là occasion de représenter l’un avec une tête de chien, l’autre avec une tête de loup ; et d’avoir beaucoup de respect et de vénération pour ces animaux.

Osiris se fit aussi accompagner de Pan, en l’honneur duquel les Egyptiens bâtirent dans la suite une ville dans la Thébaïde, à laquelle ils donnèrent le nom de Chemnim, ou Taille du pain. Maron et Triptolême furent encore de la partie ; l’un pour apprendre aux peuples la culture de la vigne, l’autre, celle des grains.\r\n\r\nOsiris partit donc, et l’on a soin de faire remarquer qu’il eut une attention particulière pour l’entretien de sa chevelure, jusqu’à son retour. Il prit son chemin par l’Ethiopie, où il trouva des Satyres, dont les cheveux descendaient jusqu’à la ceinture.

Comme il aimait beaucoup la musique et la danse, il mena avec lui un grand nombre de musiciens ; mais on remarquait particulièrement neuf jeunes filles sous la conduite d’Apollon, que les Grecs appelèrent les neuf Muses, et disaient qu’Apollon avait été leur maître ; d’où ils lui donnèrent le nom de musicien, et d’inventeur de la musique.\r\n\r\nDans ce temps-là, disent les Auteurs, le Nil à la naissance du Chien Syrius, c’est-à-dire, au commencement de la canicule, inonda la plus grande partie de l’Egypte, et celle en particulier à laquelle Prométhée présidait. Ce sage Gouverneur, outré de douleur à la vue de la désolation de son pays et de ses habitants, voulait de désespoir se donner la mort.

Hercule vint heureusement au secours, et fit tant par ses conseils et ses travaux, qu’il fit rentrer le Nil dans son lit. La rapidité de ce fleuve, et la profondeur de ses eaux, lui firent donner le nom d’Aigle. Osiris était alors en Ethiopie, où voyant que le danger d’une telle inondation menaçait tout ce pays, il fit élever des digues sur les deux rives du fleuve, de manière qu’en contenant les eaux dans leur lit, ces digues laissaient néanmoins échappée autant d’eau qu’il en fallait pour féconder le terrain. Delà il traversa l’Arabie, et parvint jusqu’aux extrémités des Indes, où il bâtit plusieurs villes, à l’une desquelles il donna le nom de Nysa, en mémoire de celle où il avait été élevé, et y planta le lierre, le seul arbrisseau qu’on élève dans ces deux villes. Il parcourut beaucoup d’autres pays de l’Asie, et vint ensuite en Europe par l’Hellespont. En traversant la Thrace, il tua Lycurgue, Roi barbare, qui s’opposait à son passage, et mit le vieillard Maron à sa place. Il établit Macédon le fils Roi de Macédoine, et envoya Triprolême dans l’Attique pour y enseigner l’agriculture.

Osiris laissa partout des marques de ses bienfaits, ramena les hommes, alors entièrement sauvages, aux douceurs de la société civile ; leur apprit à bâtir des villes et des bourgs, et revint enfin en Egypte par la mer Rouge, comblé de gloire, après avoir fait élever dans les lieux où il avait passé, des colonnes et d’autres monuments sur lesquels croient gravés ses exploits.

Ce grand Prince quitta enfin les hommes pour aller jouir de la société des Dieux. Isis et Mercure lui en décernèrent les honneurs, et instituèrent des cérémonies mystérieuses dans le culte qu’on devait lui rendre, pour donner une grande idée du pouvoir Osiris. Telle est l’histoire de l’expédition de ce prétendu Roi d’Egypte, suivant ce qu’en rapporte Diodore de Sicile, qui la raconte sans doute de la manière qu’on la débitait dans le pays.

Le genre de la mort de ce Prince n’est pas moins intéressant ; nous en ferons mention ci-après, lorsque nous aurons fait quelques remarques sur les principales circonstances de sa vie.\r\n\r\nIl n’est pas surprenant que l’on ait supposé Osiris (Diod. loc. cit.) très religieux et plein de vénération envers Vulcain et Mercure ; il tenait de ces Dieux tout ce qu’il était. Suivant l’Auteur cité, Vulcain était Son aïeul, inventeur du feu, et le principal agent de la Nature, pendant qu’Osiris croit lui-même un feu caché.

Mais de quel feu Vulcain était-il supposé l’inventeur ? Pense-t-on que ce soit celui dont Diodore parle en ces termes ? « La foudre ayant mis le feu à un arbre pendant l’hiver, la flamme se communiqua aux arbres voisins. Vulcain y accourut, et se sentant réchauffé, recréé et ranimé par la chaleur, fournit au feu de nouvelles matières combustibles, et l’ayant entretenu par ce moyen, il fit venir d’autre ; hommes pour être témoins de ce spectacle, et s’en préconisa l’inventeur. » Je ne crois pas qu’on adopte ce sentiment de Diodore.

Ce feu n’est autre que celui de nos cuisines, qui était très connu même avant le Déluge. Caïn et Abel l’employèrent dans leurs sacrifices ; Tubalcain en fit usage dans les ouvrages de fer, de cuivre et autres métaux. On ne saurait dire que par Vulcain, Diodore ou les Egyptiens aient eu en vue Caïn ou Abel. Ce feu dont on attribue l’invention à Vulcain, était donc différent de celui de nos forges, quoiqu’on regarde communément Vulcain comme le Dieu des Forgerons.

Ce feu, suivant les idées d’Hermès, était le feu dont les Philosophes font un si grand mystère ; ce feu dont l’invention, selon Artéphius, demande un homme adroit, ingénieux et Savant dans la Science de la Nature ; ce feu qui doit être administré géométriquement suivant le même Artéphius et d’Espagnet ; clibaniquement si nous en croyons Flamel, et par poids et mesure au rapport de Raymond Lulle. On peut dire d’un tel feu qu’il a été inventé, et non de celui de nos cuisines, qui est connu de tous, et qui, selon toutes les apparences, le fut dès le commencement du monde.

Le peuple d’Egypte, duquel Diodore avait sans doute emprunté ce qu’il disait de Vulcain, ne connaissait pas d’autre feu que le commun ; il ne pouvait donc parler que de celui-là. Les Prêtres, les Philosophes instruits par Hermès, connaissaient cet autre feu qui est le principal agent de l’Art Sacerdotal ou Hermétique ; mais il se donnait bien de garde de s’expliquer à son sujet, parce qu’il faisait partie du secret qui leur était confié. Vulcain était ce feu-là même personnifié par eux, et se trouvait en effet par ce moyen aïeul d’Osiris, ou du feu caché dans la pierre des Philosophes, que d’Espagnet appelle minière de feu.\r\n\r\nPour concilier toutes les contradictions appa-rentes des Auteurs sur la généalogie d’Osiris, il faut se mettre devant les yeux ce qui se passe dans l’oeuvre Hermétique, et les noms que les Philosophes ont donné dans tous les temps aux différents états et aux diverses couleurs principales de la matière dans le cours des opérations.

Cette matière est composée d’une chose qui contient deux substances, l’une fixe et l’autre volatile, ou eau et terre. Ils ont appelé l’un mâle, l’autre femelle, de ces deux réunis naît un troisième, qui se trouve leur fils, sans différer de son père et de sa mère, qu’il renferme en lui, quant à la substance radicale. Le second oeuvre est semblable au premier.\r\n\r\nCette matière mise dans le vase au feu Philosophique appelé Vulcain, ou inventé, dit-on, par Vulcain, se dissout, se putréfie et devient noire par l’action de ce feu. Elle est alors le Saturne des Philosophes, ou Hermétique, qui de-vient en conséquence fils de Vulcain, comme l’appelle Diodore. Cette couleur noire disparaît, la blanche et la rouge prennent la place successi-vement, la matière se fixe, et forme la pierre de feu de Basile Valentin (Char. triomph. de l’Antim.), la minière de feu de d’Espagnet, le feu caché signifié par Osiris.

Voilà donc Osiris fils de Saturne. Il n’est pas moins aisé d’expliquer le sentiment de ceux qui le font fils de Jupiter, et voici comment. Lorsque la couleur noire s’évanouit, la matière passe par la grise avant d’arriver à la blanche, et les Philosophes ont donné le nom de Jupiter à cette couleur grise. Si l’on réfléchit un peu sérieusement sur ce que je viens de dire, on ne trouvera point d’embarras ni de difficultés à concevoir comment Osiris et Isis pouvaient être frère et soeur, mari et femme, fils de Saturne, fils de Vulcain, fils de Jupiter, comment même Osiris a pu être père d’Isis, puisque Osiris étant le feu caché de la matière, c’est lui qui lui donne la forme, la consistance, et la fixité qu’elle acquière dans la Suite. En deux mors, les Egyptiens entendaient par Isis et Osiris tant la substance volatile et la substance fixe de la matière de l’oeuvre, que la couleur blanche et la rouge qu’elle prend dans les opérations.\r\n\r\nCes explications, dira quelqu’un, ne s’accordent point avec la fable, qui fait Vulcain fils de Jupiter et de Junon, et qui par conséquent ne saurait être père de Saturne. Je réponds à cela que ces contradictions ne sont qu’apparentes ; on en sera convaincu, lorsqu’on aura lu le chapitre qui regarde Vulcain en particulier, auquel je renvoie le Lecteur, pour retourner à Osiris et à son expédition.

Au seul récit de cette histoire, il n’est point d’homme sensé qui ne la reconnaisse pour une fiction. Former le dessein d’aller conquérir route la terre, assembler pour cela une armée composée d’hommes et de femmes, de satyres, de musiciens, de danseuses ; se mettre en tête d’apprendre aux hommes ce qu’ils savaient déjà : cela n’est pas déjà trop bien concerté.

Mais supposer qu’un Roi, avec une armée de cette espèce, ait parcouru l’Afrique, l’Asie, l’Europe jusqu’à leurs extrémités ; qu’il n’y ait même pas un endroit où il n’ait été, suivant cette inscription : Je suis le fils aîné de Saturne, sorti d’une tige illustre, et d’un sang généreux ; cousin du jour : il n’est point de lieu ou je n’aie été, et j’ai libéralement répandu mes bienfaits sur tout le genre humain (Diodore de Sicile.). Le fait n’est pas vraisemblable, et l’on ne concevrait pas comment M. l’Abbé Banier (Mytholog. T. I.) peut l’avoir raconté d’un aussi grand sang froid, si l’on ne savait pas qu’il adopte volontiers, sans beau-coup de critique, tout ce qui est favorable à son système, et même ce que rapportent des Auteurs, dont il dit en plus d’un endroit qu’il ne faut pas faire beaucoup de cas.\r\n\r\nIl est au moins inutile de recourir à l’expédition d’Osiris pour fixer le temps où l’on a commencé à cultiver les terres dans l’Attique, et les autres pays de l’Asie et de l’Europe.

Les saintes écritures, le livre le plus ancien et le plus vrai de toutes les histoires, nous apprennent que l’agriculture était connue avant le Déluge même. Sans relever le faux et le ridicule d’une telle histoire prise à la lettre, il suffit de la présenter à un homme un peu versé dans la lecture des Philosophes Hermétiques, pour qu’il décide au premier récit, qu’elle en est un symbole palpable. Mais comme je dois supposer que bien des lecteurs n’ont pas toutes les opérations de cet art assez présentes, je vais passer en revue toutes les cir-constances principales de cette histoire.\r\n\r\nIsis et Osiris sont, comme nous l’avons dit, l’agent et le patient dans un même sujet.

Osiris part pour son expédition, et dirige sa route d’abord par l’Ethiopie, pour parvenir à la mer Rouge, qui bordait l’Egypte, de même que l’Ethiopie. Ce n’était pas le chemin le plus court, mais c’est la route qu’il est nécessaire de tenir dans les opérations du grand oeuvre, où la couleur noire et la couleur rouge sont les deux ex-trêmes. La noirceur se manifeste d’abord dans le commencement des opérations signifiées par le voyage d’Osiris dans les Indes ; car, soit que d’Espagnet, Raymond Lulle, Philalèthe, etc. aient fait allusion à ce voyage d Osiris, ou à celui de Bacchus, soit pour d’autres raisons, ils nous disent qu’on ne peut réussir dans l’oeuvre, si l’on ne parcourt les Indes. Il faut donc passer d’abord en Ethiopie, c’est-à-dire, voir la couleur noire, parce qu’elle est l’entrée et la clef de l’art Hermétique. « Ces choses sont créées dans notre terre d’Ethiopie, disent Flamel (Désir désir.) et Rasis (Liv. des lumières.), blanchissez votre corbeau ; si vous voulez le faire avec le Nil d’Egypte, il prendra, après avoir passé par l’Ethiopie, une couleur blanchâtre ; puis le conduisant par les secrets de la Perse avec cela et avec cela, la couleur rouge se manifestera telle qu’est celle du pavot dans le désert. »

Osiris étant en Ethiopie, fit élever des digues pour préserver le pays, non pas du débordement du Nil, mais d’une inondation capable de ravager le pays : car l’eau de ce fleuve est absolument nécessaire pour rendre le pays fertile. D’Espagnet dit à ce Sujet (Can. 88.) ; « Le mouvement de ce second cercle (de la circulation des éléments, qui se fait pendant la solution et la noirceur ) doit être lent particulièrement au commencement de sa révolution, de peur que les petits corbeaux ne se trouvent inondés et submergés dans leur nid, et que le monde naissant ne soit détruit par le déluge. » Ce cercle doit distribuer l’eau sur le terrain par poids, par mesure, et en proportion géométrique . Il faut donc élever des digues, soit pour faire rentrer le fleuve dans son lit, comme fit Hercule dans le territoire de Prométhée, soit pour l’empêcher d’inonder, comme fit Osiris en Ethiopie.

L’Auteur de l’histoire feinte d’Osiris n’a rien oublié de ce qui était nécessaire pour donner hiéroglyphiquement une idée tant de ce qui compose l’oeuvre, que des opérations requises et des signes démonstratifs. Il fait d’abord remarquer que pendant le séjour d’Osiris en Ethiopie, le Nil déborda, et que ce Prince fit élever des digues pour garantir le pays des dégâts que son inondation aurait occasionnés. Cet Auteur a voulu désigner par là la résolution de la matière en eau, de même que par le débordement du Nil en Egypte, dans le territoire duquel Prométhée était Roi ou Gouverneur. L’Artiste du grand oeuvre doit faire attention que l’Ethiopie ne fut point inondée, et que le Gouvernement de Prométhée le fut.

C’est que la partie de la matière terrestre qui se putréfie et noircie, surnage la dissolution ; au lieu que la fixe qui renferme le feu inné, que Prométhée vola au ciel pour en faire part aux hommes, demeure dans le fond du vase, et se trouve submergée. Les attentions que doit avoir dans cette occasion l’Artiste signifié par Hercule, est très bien exprimée dans la note ci-dessous (Leges motus hujus circuli funt utientè et paulatim decurrat, ac parce essundat, ne festinando à mensurâ cadat, et aquis obrurus ignis insitus, operis architectus hebescat, aut etiam extinguatur : ut alternis vicibus cibus et potus administrentur quo melior fiat digestio, ac optimum sicci et humidi temperamentum ; indissolubilis eniui utriusque colligatio finis ac scopus est operis ; propterea vide ut tantum irrigando adjicias, quantum assando desecerit, quo restauratio corroborando deperditarum vitium tantum restituat, quantum evacuatio debilitando abstulerit. D’Espagnet, Can. 89.).

Nous expliquerons dans le chapitre de Bacchus, liv. 5. ce qu’on doit entendre par les Satyres ; et l’on trouvera dans celui d’Oreste ce qui concerne la chevelure d’Osiris. Les neuf Nymphes ou Muses, et les Musiciens qui sont à la suite d’Osiris, sont les parties volatiles, ou les neuf Aigles que senior dit être requises avec une partie fixe désignée par Apollon. Nous en parlerons plus au long dans le chapitre de Persée, où nous expliquerons leur généalogie, et leurs actions.

Triprolême préside à la semence des grains, il est chargé par Osiris d’instruire les peuples de tout ce qui concerne l’Agriculture. Il n’est point d’allégories plus communes dans les ouvrages qui traitent de l’art Hermétique, que celle de l’Agriculture. Ils parlent sans cesse du grain, du choix qu’il faut en faire, de la terre où il faut le semer, et de la manière de s’y prendre. On en verra des exemples lorsque nous parlerons de l’éducation de Triptolême par Cérès dans le quatrième livre. Raymond Lulle (Testam. Codic. liv. de la quintess. et ailleurs.), Riplée et beaucoup d’autres Philosophes appellent leur eau mercurielle, vin blanc et vin rouge.

Quoique Osiris connut parfaitement la prudence et la capacité d’Isis pour gouverner ses Etats pendant son expédition, il laissa cependant Mercure auprès d’elle pour son conseil. Il sentait la nécessité d’un tel conseiller, puisque Mercure est le mercure des Philosophes, sans lequel on ne peut rien faire au commencement, au milieu et à la fin de l’oeuvre ; c’est lui qui, de concert avec Hercule ou l’Artiste constitué Gouverneur général de tout l’empire, doit tout diriger, tout conduire et tout faire. Le mercure est le principal agent intérieur de l’oeuvre ; il est chaud et humide ; il dissout, il putréfie, il dispose à la génération ; et l’Artiste est l’agent extérieur.

On trouvera ceci expliqué en détail dans tout le cours de cet ouvrage, particulièrement dans le chapitre de Mercure, livre troisième, et dans le cinquième où nous traiterons des travaux d’Hercule.\r\n\r\nSi l’on examine avec soin toutes les particularités de l’expédition d’Osiris, on verra claire-ment qu’il n’en est pas une seule qui n’aie été placée à propos et à dessein, jusqu’aux cérémonies mêmes du culte rendu à Osiris, instituées, dit-on, par Isis, aidée des conseils d’Hermès.

On aurait dit plus vrai, si l’on n’avait attribué cette institution qu’à Hermès seul, puisqu’il y a toute apparence qu’il fut l’inventeur et de l’histoire d’Isis et d’Osiris, et du culte mystérieux qu’on leur rendait en Egypte. Mais à quoi bon ce mystère, s’il ne s’agissait que de raconter une histoire réelle, et d’instituer des cérémonies pour en rappeler le souvenir ? Le simple récit des faits, les fêtes, les triomphes auraient plus que suffir pour immortaliser l’un et l’autre. Il eût été bien plus naturel d’en rappeler la mémoire par des représentations prises du fond de la chose même. Puisqu’on voulait que tout le peuple en fût instruit, il fallait mettre tout à sa portée, et ne pas inventer des hiéroglyphes, dont les seuls Prêtres auraient la clef.

Ce mystère devait donc faire soupçonner quelque secret caché sous ces hiéroglyphes, qu’on ne dévoilait qu’aux initiés, ou à ceux que l’on voulait initier dans l’Art Sacerdotal. Les deux oeuvres qui font l’objet de cet Art sont compris, le premier dans l’expédition d’Osiris ; le second dans sa mort et son apothéose. Par le premier, on fait la pierre ; par le fécond, on forme l’élixir. Osiris dans son voyage parcourut l’Ethiopie, puis les Indes, l’Europe, et retourna en Egypte par la mer Rouge, pour jouir de la gloire qu’il s’était acquise ; mais il y trouva la mort.

C’est comme si l’on disait : dans le pre-mier oeuvre, la matière passe d’abord par la couleur noire, ensuite par des couleurs variées, la grise, la blanche, et enfin survient la rouge, qui est la perfection du premier oeuvre, et celle de la pierre ou du soufre Philosophique. Ces couleurs variées ont été déclarées plus ouvertement, et désignées plus clairement par les Léopards et les Tigres que la Fable suppose avoir accompagné Bacchus dans un voyage semblable à celui d’Osiris ; car tour le monde convient qu’Osiris et Bacchus ne sont qu’une même personne, ou, pour mieux dire, deux symboles d’une même chose.\r\n\r\nLe Second oeuvre est très bien représenté par le genre de mort d’Osiris et les honneurs qu’on lui rendit. Ecoutons Diodore à ce Sujet.

On a, dit-il, découvert dans les anciens écrits secrets des Prêtres qui vivaient du temps d’Osiris, que ce Prince régnait avec justice et équité sur l’Egypte ; que son frère impie et scélérat, nommé Typhon, l’ayant assassiné, l’avait coupé en 26 parties, qu’il avait distribuées à ses complices, afin de les rendre plus coupables, se les attacher davantage, et les avoir pour détenteurs et pour soutiens dans son usurpation. Qu’Isis, soeur et femme d’Osiris, pour venger la mort de son mari, appela à son secours son fils Horus ; tua dans un combat Typhon et ses complices, et se mit avec son fils en possession de la couronne.

La bataille se donna le long d’un fleuve, dans la partie de l’Arabie, où est située la ville qui prit le nom d’Anthée, après qu’Hercule du temps d’Osiris y eût tué un Prince tyran qui portait le nom de cette ville. Isis ayant trouvé les membres épars du corps de son époux, les ramassa avec soin, mais ayant cherché inutilement certaines parties, elle en consacra les représentations ; de-là l’usage du Phallus devenu si célèbre dans les cérémonies religieuses des Egyptiens.

De chaque membre Isis forma une figure humaine, en y ajourant des aromates et de la cire. Elle assembla les Prêtres d’Egypte, et leur confia à chacun en particulier un de ces dépôts, en les assurant que chacun avait le corps entier d’Osiris ; leur recommandant expressément de ne jamais découvrir à personne qu’ils possédaient ce trésor, et de lui rendre et faire rendre le culte et les honneurs qu’on leur prescrivait. Afin de les y engager plus sûrement, elle leur accorda la troisième partie des champs cultivés de l’Egypte.

Soit que les Prêtres, convaincus des mérites d’Osiris, (c’est toujours Diodore qui parle) soit que ces bienfaits d’Isis les y eussent engagés, ils firent tout ce qu’elle leur avait recommandé ; et chacun d’eux se flatte encore aujourd’hui d’être le possesseur du tombeau d’Osiris. Ils honorent les animaux qu’on avait consacrés à ce Prince dès le commencement ; et lorsque ces animaux meurent, les Prêtres renouvellent les pleurs et le deuil que l’on fit à la mort d’Osiris. Ils lui sacrifient les Taureaux sacrés, donc l’un porte le nom d’Apis, l’autre celui de Mnevis ; le premier était entretenu à Memphis, le second à Héliopolis : tout le peuple révère ces animaux comme des Dieux. Isis, suivant la tradition des Prêtres, jura, après la mort de son mari, qu’elle ne se remarierait pas. Elle tint parole, et régna si glorieusement, qu’aucun de ceux qui portèrent la couronne après elle ne l’a surpasse. Après sa mort on lui décerna les honneurs des Dieux, et fut enterrée à Memphis dans la forêt de Vulcain, où l’on montre encore son tombeau. Bien des gens, ajoute Diodore, pensent que les corps de ces Dieux ne sont pas dans les lieux où l’on débite au peuple qu’ils sont ; mais qu’ils ont été déposés sur les montagnes d’Egypte et d’Ethiopie, auprès de l’Ile qu’on appelle les portes du Nil, à cause du champ consacré à ces Dieux.

Quelques monuments favorisent cette opinion ; on voit dans cette Ile un Mausolée élevé en l’honneur d’Osiris, et tous les jours les Prêtres de ce lieu remplissent de lait trois cents soixante urnes, et rappellent le deuil de la mort de ce Roi et de cette Reine, en leur donnant les titres de Dieu et de Déesse. C’est pour cela qu’il n’est permis à aucun étranger d’aborder dans cette Ile. Les habitants de Thèbes, qui passe pour la plus ancienne ville d’Egypte, regardent comme le plus grand serment celui qu’ils font par Osiris qui habite dans les nues ; prétendant avoir en possession tous les membres du corps de ce Roi qu’Isis avait ramassés. Ils comptent plus de dix mille ans, quelques-uns disent près de vingt-trois mille, depuis le règne d’Osiris et d’Isis, jusqu’à celui d’Alexandre de Macédoine, qui bâtis en Egypte une ville de son nom.\r\n\r\nPlutarque (De Isid, et Osir.) nous apprend de quelle manière Typhon fit perdre la vie à Osiris. Typhon, dit-il, l’ayant invité à un superbe festin, proposa après le repas aux conviés, de se mesurer dans un coffre d’un travail exquis, promettant de le donner à celui qui serait de même grandeur.

Osiris s’y étant mis à son tour, les conjurés se levèrent de table, fermèrent le coffre, et le jetèrent dans le Nil.\r\n\r\nIsis, informée de la fin tragique de son époux, se mit en devoir de chercher son corps ; et ayant appris qu’il était dans la Phénicie, caché sous un tamarin où les flots l’avaient jeté, elle alla à la Cour de Byblos, où elle se mit au service d’Astarré, pour avoir plus de commodité de le découvrir.

Elle le trouva enfin, et fit de si grandes lamentations, que le fils du Roi de Byblos en mourut de regret ; ce qui toucha si fort le Roi son père, qu’il permit à Isis d’enlever ce corps, et de se retirer en Egypte. Typhon, informé du deuil de sa belle-soeur, se saisit du coffre, l’ouvrit, mit en pièces le corps d’Osiris, et en fit porter les membres en différents endroits de l’Egypte. Isis ramassa avec soin ces membres épars, les enferma dans des cercueils, et consacra la représentation des parties qu’elle n’avait pu trou-ver. Enfin, après avoir répandu bien des larmes, elle le fit enterrer à Abyde, ville située à l’occident du Nil. Que si les Anciens placent le tom-beau d’Osiris en d’autres endroits, c’est qu’Isis en fit élever un pour chaque partie du corps de son mari, dans le lieu même où elle l’avait trouvé.